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The Earth Care Manual, critique du livre

Comme nous le savons, l’hiver est la saison du repos physique et émotionnel, de l’introspection et du soin. Un acte radical de soin et de soutien envers soi-même et envers la communauté est l’apprentissage : consacrer des ressources et du temps au processus d’acquisition d’informations significatives renforce l’autonomie, ouvre des chemins et des perspectives sur le monde existant, stimule des changements informés et sensibles dans nos systèmes et nos dynamiques, et favorise finalement des occasions de partage indépendant et horizontal au sein de nos communautés et de nos cercles. La lecture a toujours occupé une place chère à mon cœur, c’est pourquoi j’ai entamé une immersion approfondie dans la Permaculture avec un livre intitulé « The Earth Care Manual » (2004), de l’auteur Patrick Whitefield, l’un des pionniers du paysage européen de la Permaculture, dont l’ouvrage mentionné se trouve dans la bibliothèque de l’Ermitaj.

The Earth Care Manual

Structure et thématiques

L’une des caractéristiques que j’ai appréciées dans The Earth Care Manual est sa structure : assez logique, progressive et facile à suivre, tout en étant adaptée à une consultation ponctuelle des différents sujets, lorsqu’une curiosité spécifique émerge dans l’un des domaines développés dans le livre. Par ailleurs, l’accessibilité pour les personnes abordant le sujet pour la première fois est renforcée par la présence d’un glossaire, de notes et d’un index complet des noms scientifiques et communs des plantes mentionnées. Des pistes de lectures complémentaires sont également proposées, ainsi qu’une liste d’organisations pouvant présenter un intérêt pour la mise en place d’un projet collaboratif de Permaculture, en particulier dans l’environnement urbain.

Une très grande variété de thèmes est abordée, en commençant par une introduction à ce qu’est la Permaculture et à ses principes, pour aboutir aux méthodes et pratiques du design en Permaculture. Le livre est composé de trois parties, intitulées respectivement « Basics », « Applications » et « Designing ». Dans cette division, je perçois l’ombre du principe de conception « du motif au détail » : au début, nous est offerte une vue d’ensemble de l’éthique et des phénomènes naturels plus larges et de leurs interactions, tels que le sol, l’eau, l’énergie et le climat. Ce sont des forces et des éléments qui façonnent chaque lieu sur Terre et qui, par leurs interactions, confèrent à chacun ses caractéristiques propres. Ensuite, l’analyse se déplace vers l’environnement bâti, en abordant les bâtiments, les systèmes agricoles, les liens alimentaires et l’impact de l’activité humaine sur la biodiversité. Dans les pages conclusives, le processus de design en Permaculture est présenté dans ses caractéristiques méthodologiques propres et dans ses étapes pratiques.

Enseignements pratiques tirés de The Earth Care Manual

Une grande variété d’enseignements pratiques est proposée dans le livre, et ceux-ci peuvent également être appliqués à notre contexte local à Ermitaj, ainsi que dans n’importe quel jardin. Les principaux enseignements pour moi ont été les suivants :

Intégration des animaux comme partie de l’écosystème du jardin

La Permaculture consiste largement à observer les relations existantes, à les encourager et, finalement, à les mettre à profit de manière bénéfique dans notre sphère d’influence. Il ressort du livre que les animaux, en particulier les poules, interagissent de multiples façons positives avec les autres éléments du jardin. Par exemple, elles sont étonnamment efficaces pour contrôler les populations de nombreux ravageurs et adventices, tels que les limaces, elles assurent un travail du sol superficiel grâce à la technique du « chicken tractor », leur fumier contribue à enrichir le sol en matière organique, et elles peuvent valoriser les déchets de cuisine domestiques comme partie de leur alimentation – tout en fournissant une nourriture nutritive sous forme d’œufs ou de viande.

De nombreux animaux courants peuvent tisser ce type de relations avec les éléments du jardin et du foyer ; parmi les exemples notables figurent les abeilles, pour l’amélioration et la promotion de la biodiversité locale, ainsi que les oies, qui, de manière similaire aux poules, se nourrissent de ravageurs et sont des brouteuses naturelles.

Bonnes raisons de pratiquer l’agriculture sans labour

Une attention particulière est accordée à l’exploration des arguments qui s’opposent ou soutiennent le labour dans l’agriculture, à toutes les échelles. En tant que novice sur le sujet, j’ai trouvé l’exposé équilibré des deux côtés du débat, tout en étant particulièrement convaincu par certains des arguments formulés contre le retournement du sol. De manière générale, les méthodes alternatives réduisent le risque d’érosion des sols, luttent contre la compaction, contribuent à une décomposition équilibrée de la matière organique via le cycle de l’éthylène et améliorent la structure et la biodiversité à long terme.

Les pratiques « no-dig » gagnent en popularité dans le domaine de l’agriculture durable, avec des figures de proue telles que Charles Dowding menant un travail de vulgarisation et d’éducation, et des Permaculteurs expérimentant et adaptant les méthodes sans labour à leurs conditions géographiques spécifiques. Dans l’ensemble, il s’agit d’un sujet très vaste, avec des causes et des conséquences qui vont bien au-delà de ce qui est visible à l’œil humain, et qui mérite d’être exploré plus en profondeur afin de comprendre plus intimement les mécanismes du sol, l’élément même qui soutient et nourrit la vie sur notre Planète.

Importance de suivre les schémas naturels

Un concept intéressant qui sous-tend l’ensemble du livre est l’importance de la cohérence avec les schémas naturels, en particulier la préservation de la biodiversité indigène par la préférence accordée aux semences et aux variétés végétales traditionnelles dans la conception de nos jardins. Une autre manière de concevoir des systèmes alimentaires en harmonie avec les schémas naturels est la pratique de l’agroforesterie, notamment en suivant le modèle du jardin-forêt. De nombreux facteurs doivent être pris en compte (intrants, extrants, échelle, sol, climat…) lorsqu’on évalue si un jardin-forêt constitue l’option appropriée pour le contexte local : ce n’est pas toujours une solution immédiate ou adaptée. Néanmoins, cette approche est remarquable par l’incarnation de plusieurs pratiques clés centrales à la Permaculture, telles que l’utilisation de plantes pérennes, le paillage, la polyculture et la stratification. Une autre caractéristique digne d’éloge de cette approche est le fait que de nombreuses niches sont occupées ; la biodiversité et la productivité peuvent donc être potentiellement élevées lorsqu’elle repose sur une conception réfléchie.

Observation et reconnaissance des microclimats spécifiques au site

Un aspect que j’ignorais était la notion de microclimat et le fait qu’il puisse être très spécifique à l’emplacement précis d’un jardin, d’une ferme ou d’un foyer, et varier même entre des propriétés adjacentes. En effet, une seule parcelle de terrain peut révéler plusieurs microclimats différents, qui doivent être identifiés par des relevés de terrain tout au long de l’année et une observation attentive. Les principales caractéristiques à prendre en compte dans l’évaluation des microclimats sont : le vent, l’ensoleillement, la température, le gel et l’humidité.

Indications sur la consommation d’énergie

Le chapitre consacré à l’énergie introduit un changement dans la manière dont notre société se rapporte principalement à la consommation énergétique. L’accent est mis sur la réduction de la consommation initiale, notamment en s’abstenant de produire ou d’acheter des biens en excès, plutôt que sur les processus de réutilisation et de recyclage, qui peuvent être énergivores. Cela instille un doute bénéfique dans l’esprit du lecteur, l’amenant à questionner et à évaluer les avantages et les inconvénients de ses propres modes de consommation. L’énergie grise est également un concept éclairant, aussi difficile soit-il à calculer. Elle nous invite à réfléchir et à nous interroger sur la chaîne d’approvisionnement des produits que les marchés mettent à notre disposition.

Conclusions

Par-dessus tout, ce qui est le plus remarquable est le paradigme de pensée que l’auteur transmet à travers son analyse : un changement abyssal s’opère par rapport à la manière industrielle et orientée vers le profit de concevoir les interactions entre les règnes animal et végétal. Les bases d’une pensée systémique empathique sont posées, orientée vers la conservation des ressources existantes et leur meilleure utilisation, à travers la pratique des principes de la Permaculture : l’observation pose les fondations de cette approche, tandis que le questionnement et l’action intentionnelle la font progresser. The Earth Care Manual recentre l’élan humain de prendre soin de la Terre, en l’inscrivant dans une perspective du monde moderne, où le dynamisme et la pluralité caractérisent nos vies, donnant naissance à tous les différents contextes de régénération et de co-création.

Tout au long de l’exposé, le ton est clairement encourageant, soulignant l’importance d’intégrer dans nos vies de nouvelles manières d’influencer les relations dont nous faisons partie, et de prendre l’initiative d’impliquer la communauté au sens large dans l’effort collectif vers un avenir conscient et véritablement écologique.