Allumer un feu de bois paraît anodin. Pourtant, la manière dont on démarre la combustion a un impact direct sur le rendement du poêle, la qualité de l’air, la quantité de bois consommée et l’encrassement du conduit et de la vitre de votre poêle.
La plupart des gens allument leurs feux par le bas : papier et petit bois dessous, grosses bûches au-dessus. Cette méthode fonctionne, certes, mais ce n’est pas l’optimale.
L’alternative ? L’allumage par le haut: efficace, moins polluant, tout aussi confortable au quotidien et à même de vous permettre de supprimer l’une des possibles raisons pour laquelle la vitre de votre poêle est noire.
Montage – construction
On place d’abord les grosses bûches au fond du foyer, sans les serrer, afin de laisser circuler l’air.
En fonction des dimensions du poêle, on empile plusieurs étages de bûches. Le dernier étage étant composé de bûches plus fines. Et on garde un espace de 10 ou 15 cm en haut pour notre tour d’allumage:
Quelques morceaux très secs de deux à trois centimètres de diamètre ou de côté: deux pièces parallèles, deux perpendiculaires, etc. Au centre et à la base de cette mini-construction on place un allume-feu ou un petit nid composé de brindilles, papier ou bois de caissette.
On ouvre toutes les arrivées d’air du poêle au démarrage, tout comme la manette de tirage.
On allume, et on admire le feu descendre gentiment et enflammer en douceur et petit-à-petit les bûches en dessous.
Pourquoi ça aide à éviter que la vitre du pôele soit noircie ?
En brûlant par le haut, les premières flammes chauffent rapidement le conduit de cheminée, ce qui assure immédiatement le tirage.
Le feu descend ensuite plus ou moins progressivement vers les étages du bas.
Lorsque les grosses bûches commencent à chauffer, elles libèrent des gaz. Dans un allumage classique, une partie de ces gaz s’échappe sans être brûlée. Ces mêmes gaz imbrûlés sont responsables de la vitre noire de votre poêle. Notez que la vitre n’est que le symptôme de l’encrassement général de toutes les parois. Avec l’allumage par le haut, ces gaz passent à travers les flammes situées au-dessus et sont donc mieux consumés.
Avantages:
- combustion plus complète
- moins de fumée
- réduction importante des particules fines
- moins de monoxyde de carbone
- montée en température plus rapide
- pas besoin de rajouter du bois immédiatement
- meilleur rendement énergétique
- moins de suie dans le conduit et sur la vitre du poêle
- moins de risques de refoulement de fumée dans la pièce
Les grosses bûches ne sont pas soumises à la flamme directement. Elles montent progressivement en température avant de s’embraser.
Le feu démarre plus calmement et dure plus longtemps. Donc, j’évite cette technique quand je veux avoir rapidement des braises uniformes pour le barbecue.
Quelques points d’attention, pour un démarrage écologique, et pas de vitre de poêle noire.
Le bois doit être bien sec. C’est essentiel, quelle que soit la méthode. Pourquoi? Je vous invite à relire notre article de novembre.
On empile les bûches en veillant à ne pas trop les imbriquer, ce n’est pas un tetris. L’air doit pouvoir circuler, le bois a besoin d’oxygène pour brûler.
Au démarrage, on laisse la porte du poêle légèrement entrouverte le temps que les bûches situées en dessous de la tour d’allumage ait pris suffisamment , on referme généralement après une dizaine de minutes, quand quelques grosses bûches sont entamées. Évidemment, clapet de tirage et d’arrivée d’air ouverts au maximum au démarrage (et on y va toujours progressivement quand on réduit tirage ou arrivée d’air).
Pour aller plus loin: du déchet à la ressource
Un feu idéal ne produit pas de fumée. La fumée correspond à des gaz non brûlés: c’est à la fois une pollution évitable et de l’énergie perdue. Grâce à l’allumage par le haut, entre autres, une grande partie de ces gaz est brûlée. Résultat: moins de particules fines, moins de pollution… et plus de chaleur dans la maison.
Mais ça ne s’arrête pas là.
Une combustion propre produit aussi une cendre de meilleure qualité, riche en potassium, mais aussi en calcium et en magnésium. À l’inverse, une combustion incomplète génère des cendres chargées en hydrocarbures ou en créosote, beaucoup moins intéressantes.
Et le potassium est essentiel à la plupart des formes de vie, humaines comme végétales. De bonnes cendres sont donc une ressource pour le jardin (engrais ou anti- limaces, en gardant à l’esprit leur pH élevé). Mais pas seulement: Elles peuvent aussi servir à fabriquer des produits lessiviels.
On touche ici à un principe central du design en permaculture: la qualité des flux.
Chaque production demande des intrants et génère des polluants. L’objectif est que ces déchets deviennent les ressources d’un autre système. La pollution d’une production X devient alors l’intrant d’une production Y. Si la pollution d’une production ne peut servir d’intrants à une production Y, alors la production X doit être remise en question.
Par exemple, les eaux grises peuvent être épurées localement produisant au passage de la biomasse. De la même manière, les épluchures de vos fruits et légumes représentent une pollution lorsque jetées dans la poubelle tout-venant (odeurs, fermentation anaérobie produisant du méthane inutilisable, charge évitable pour les éboueurs…) alors qu’elles peuvent nourrir votre compost ou directement les organismes du sol…
Le feu suit exactement cette logique: une combustion mieux maîtrisée produit plus de chaleur utile, moins de pollution, et des cendres de meilleure qualité.
Ultime conseil pratique, non seulement pour éviter que la vitre de votre poêle soit noire mais également pour vous simplifier la vie!
En permaculture, on parle souvent de conception et d’anticipation. Observer les flux, stocker l’énergie quand elle est disponible, réduire les efforts inutiles plus tard. Préparer son petit bois et ses “fire starters” à l’avance, c’est exactement cela. On utilise un moment favorable (temps doux, énergie disponible, conditions confortables) pour faciliter une situation future plus contraignante (froid, fatigue, urgence de chaleur). À petite échelle, l’allumage du poêle devient un exemple très concret de design appliqué: moins de stress, moins de ressources gaspillées, plus de résilience au quotidien.
Donc pour finir, vraiment important: ne sous-estimez jamais le démarrage du feu.
Que vous allumiez par le haut ou de manière classique, pour le poêle, le barbecue ou un feu de joie, ce qui fait la différence, c’est votre niveau de préparation. Avoir du bois de chauffage, c’est une étape essentielle. Mais pouvoir allumer son feu rapidement, facilement, sans devoir surveiller chaque minute, l’est tout autant.
Cela passe par du petit bois bien sec, de différents calibres. Des brindilles jusqu’à ces fameux morceaux d’environ trois centimètres de côté, arrangés façon Kapla. Bien sûr, on peut toujours fendre au dernier moment. Mais c’est beaucoup plus simple, et bien moins pénible, de profiter d’un bel après-midi d’automne pour préparer tout cela tranquillement, avec les moyens du bord et en bonne compagnie.

Quelques mois plus tard, quand il y a vingt-cinq centimètres de neige dehors et moins cinq degrés, on est heureux d’avoir anticipé: Le feu démarre en deux minutes. Le poêle chauffe déjà pendant que le reste du monde se réveille encore.
Note 1: Les principes décrits dans cet article s’appliquent à la grande majorité des poêles à bois et foyers domestiques classiques. Il ne s’agit pas d’une technologie particulière mais d’une des logiques dans l’allumage du feu, qui n’est pas du tout novatrice!
Note 2: le bois n’est pas la panacée écologique en tant que moyen de chauffer un habitat: cela dépend du contexte. On n’oublie pas que, bien que dit “renouvelable”, à l’échelle d’une vie humaine, un arbre ne l’est pas tant que cela…